Mon père avait des crochets couverts de talc et de camphre, exactement à la tête du lit.

Il y suspendait les messages de ses amis, avant de s’endormir. 

Au matin les rêves rêvés étaient devenus des pages blanches tandis que les autres non rêvés représentaient le travail de cette journée-là. 

En d’autres termes il recueillait les heures dans des pots de verre opalisés qui dans les journées de vent formaient des crysalides. 

Aux premières pluies l’humidité les muait en papillons de lumière : un sixième sens qu’il échangeait avec de la nourriture et des vêtements.

      L’on faisait voler les papillons de lumière dans la chambre du sommeil. Peu de moments après celui qui traversait la chambre avait rajeuni d’une nuit seulement. La matinée recommençait comme le jour auparavant, identique, seulement sans blessures, s’il y avait eu des blessures.

      Les pots de verre opalescent étaient rendus à mon père l’après-midi suivant.

      L’effet des papillons de lumière dans la chambre du sommeil durait deux mesures de temps : 22 de vos minutes et pas plus de 11 personnes pouvaient la traverser.

      Ceux qui trichaient avaient des blessures qu’une vie entière ne pouvait pas cicatriser.

      Maintenant que mon père n’est plus je donne des miettes de temps : des vers sans plus de limites : je les mets devant la porte, comme ma grand-mère mettait les miettes de pain, au balcon, en plein hiver, pour les petits moineaux.

dario j. brondello

Maria Daniela De Agostini  – Traslazione in francese